gallery/a) feuilleletters smal

LesTemps Modernes

gallery/citation
gallery/léon rue old orchard 1979

Excerpt No 5

Léon et moi avons travaillé pour de nombreux éditeurs canadiens communs, mais à des dates différentes.... De 1975 à 1978 il fut Rédacteur-Contrats sous P. Mora et moi Agent de Liaison sous Col. H.Coutu au siège social de la Société d'Énergie de la Baie-James. La S.E.B.J. ne comptait que 40 employés… Tous les autres étaient sous contrat avec divers employeurs. Nous étions tous deux au Services Contrats (19ème étage, Place Dupuis). Léon avec Bechtel et moi avec… la S.E.B.J.

 
Léon Weinigel


Journaliste - Écrivain - Correspondant de Guerre  - Envoyé Spécial des Nations Unies
 
Souvenirs de Léon (de 1960 à 1989)

 

Des âmes croisent nos vies et nous enrichissent par leur valeur, leurs connaissances et leur dignité. Certains ont pour seule conséquence de nous apprendre la dure réalité de l’ambivalence humaine… Ils sont ceux que l’on déteste ou que l’on ignore; par dégoût, par mépris ou par pitié. Toutefois même dans cet univers sombre il faut savoir distinguer ceux qui ne sont rien d’autre que des victimes de leur propre existence malhabile et cruelle. Après avoir décanté le comment et le pourquoi, il arrive parfois que l’on distingue des êtres qui possèdent malgré tout une intelligence honnête.
J’ai connu un tel personnage. En fait il a traversé mon existence alors que j’étais enfant, je l’ai croisé une fois adolescent.J’ai, plus tard, travaillé avec lui et j’ai appris à connaître ce citoyen des ténèbres au fil des ans… Une amitié nous a lié durant de nombreuses années quoique elle fut pour le moins en dents de scie… J’ai été son confident, son conseiller et son con de service, bien souvent… Il a néanmoins influencé le cours de ma vie; parfois très mal et quelques fois pour mon plus grand enrichissement. Il ne s’est jamais cependant douté que dès l’enfance je voyais à travers lui. Il ne supportait ni l’enfance, ni la famille, ni la contradiction, encore moins les Chrétiens… Toute sa vie était bâtie sur le contrôle: de l’image projetée, des événements et d’autrui. Il exhalait le mal de vivre. Il faut cependant savoir pourquoi. Ce que j’ai mis des années à découvrir…
Je sais de lui, de ses confidences, non pas de son roman Confidences Antipathiques, mais de vive voix; les déchirements qui l’ont marqué au fer rouge et rendu toute intégration à la société, impossible pour ce déraciné de la vie… malgré lui. Nous n’avons jamais rien eu en commun, puisque Léon était un athée agressif, un communiste acharné, un narcissiste déluré et un fanatique agaçant… C’est compréhensible car la vie n’a rien donné à Léon, comment aurait-il pu seulement s’élever au-dessus de cette douleur insupportable… Cela constituait pour lui un obstacle insurmontable: un mur cruel lui rappelant ses racines inexistantes, ses références inexistantes, ses cheminements inexistants, ses valeurs inexistantes… Léon ne pouvait en somme rien donner puisque il n’avait rien reçu… Il aura été déchiré toute sa vie entre l’obscurantisme de sa vie privée et la gloriole futile de ses actvités professionnelles. Un bi-polaire actif, en somme. Son mode de vie à l’époque ou je l’ai cotoyé dans ma vie adulte était le reflet de ce déchirement. Il possédait un luxueux appartement sur la rue Peel, au centre-ville de Montréal, en haut du Musée des Beaux-Arts et à deux pas du Consulat Soviétique… Et un minable studio plus à l’est dans un ghetto du centre-ville… Une seule chose manquait à Léon, une valeur complètement incompréhensible et inaccessible pour lui… L’amour.

 

Quand on cesse d’exister et que le temps se fige… pour toujours.

Léon était tout jeune, bien avant la puberté, alors qu’il explorait avec innocence le bosquet, derrière chez lui, bordant un pré savoureux et coloré menant au foyer. Ses parents s’affairaient à leur vie d’adultes; terrassés par l’omniprésence de l’envahisseur en Alsace-Lorraine, tout près de Metz… Distrait, comme tous ceux de son âge, il remarque par contre un événement inhabituel devant la maison. Un cortège d’hommes en noir et de véhicules s’arrête brusquement. Il s’avance au cœur du boisé pour comprendre… Quelques mètres le séparent des événements… Sa mère apparaît dans l’embrasure de la porte, courant vers le pré… Des éclairs retentissent et les fusils mitrailleurs ont tôt fait d’envahir la conscience de Léon… Puis ce fut son père ramené dans la cour et exécuté sous ses yeux… Léon est resté là: une éternité…
Orphelin de guerre, il décrira plus tard ce parcours déchirant alors qu’il est groom dans un établissement hôtelier. – Malgré Nous -, publié aux éditions de Minuit, fera de lui le premier écrivain réaliste de France. Après la guerre il fut recueilli par Léon Pierre-Quint, un éditeur de gauche. Alors que cette chance aurait pu lui redonner une vie familiale et un renouveau de l’amour de la vie, un apprentissage serein et positif; il en fut tout autrement. Léon me confia qu’il vivait dans un monde hermétique et particulièrement austère à cette époque. À l’âge de onze ans, explorant le placard de la chambre de bain à la recherche de bicarbonate: son enfer continue… Un bocal de verre, marqué bicarbonate, renferme en réalité de l’héroïne… Il doit être soigné pour surdose massive… À un âge critique, Léon est donc entouré de narcomanes, de toxicomanes et de désœuvrés en tous genres… Il est vite aspiré dans ce monde décadent et cruel. Abusé, drogué, éteint… Léon continue de vivre tout en ayant cessé d’exister, il y a longtemps, en Lorraine. Ce parcours bien encadré le mène au travers des sphères socio-communistes de France.

Il devient éventuellement très proche de Jean-Paul Sartre et collaborateur permanent à la revue Les Temps Modernes, une création de Sartre. À cela s’entremêle un long parcours sinueux avec l’Algérie et la France comme toile de fond et ses dossiers chez Paris Match. Léon devint un maître de la manipulation médiatique. Milieu des années soixante, Léon devient correspondant de guerre pour Paris-Match. Et il n’en rate pas une. Comme il me le confiait lui-même; la photo couverture de lui, en mission spéciale durant un célèbre conflit au Moyen-Orient, avait fait la une grâce à un scotch qu’il s’était mis sur le front. Pour illustrer la douleur des combats. La photo avait été réalisée dans une zone sans conflit, sur un talus tout ce qu’il y a de plus banal. Mais l’impact médiatique était puissant… Ayant également œuvré dans ce milieu, j’ai souvenir de ses sempiternelles recommandations pathétiques (en ce qui me concerne) au sujet des tactiques journalistiques utiles. Du genre; – la vérité on s’en fout… ce qui compte c’est le message. Pour ce qui est de vérifier ses sources: rien de plus simple, tu ne cites que des connaissances intimes…. etc… Pour Léon, la vie n’était qu’une vaste mise en scène. C’est tout ce qu’on lui avait appris…  

Début des années soixante, avec une forte réputation auprès des communistes français et d’ailleurs. Il devient le candidat idéal, selon les Nations-Unies, pour être Envoyé Spécial auprès du gouvernement provincial de Jean Lesage au Québec… Comme il se doit, cette équipe est libérale – nationaliste (socialisme et nationalisations) – anti-canadienne et totalement corrompue (dépenser 800,000$ en 1960 pour installer des tapis, aux motifs personnalisés dans ses bureaux, c’est du genre excessif. Ce n’est qu’une extravagance parmi tant d’autres. Tout ce qu’il faut pour mousser l’Internationale Socialiste en Amérique du Nord bref…

Il fut également Bérêt Rouge – Commando Parachutiste et attaché au Bureau du Président de la République. Lors des événements qui secouèrent la France à l’époque du Chacal… Léon fut expulsé de France (par Charles DeGaulle) pour avoir déclaré publiquement: – Que de toute évidence, toute cette affaire n’était qu’un coup monté…. Puisque étant donné que DeGaulle dépassait tout le monde d’une tête; il était impossible qu’un professionnel puisse le rater… -

La photo de lui qui figure sur son dernier ouvrage (1980)… Avec aucune référence au sujet du photographe… Je l’ai réalisée à sa demande, dans un logement de Notre-Dâme-de-Grâce (chez moi). Léon m’a réclamé les négatifs comme d’habitude… Un an auparavant il m’avait invité chez lui, rue Peel… Ce qui contrastait avec les visites amicales sur l’avenue Durocher, un minuscule studio avec pour toute décoration sur un pupitre : trois petits singes – l’un aveugle – l’un muet – l’autre sourd. Léon dissimulait dans cette chambre morbide, une balance dans un puits de lumière; qu’il épinglait au lavabo pour peser ses doses. Pour ensuite sombrer dans un délire maladif. Rue Peel ce week-end là, Léon m’a demandé si je voulais bien lire son manuscrit que l’éditeur avait refusé sans explications. C’était une brique. J’ai donc mis deux jours à l’assimiler. Ce roman, au départ, incluait toute sa vie en Algérie incluant son mariage à une musulmane, puis son divorce… Un fourre tout d’anecdotes toutes plus confuses les unes que les autres. Tout cela entremêlé de références à la dure vie d’un toxicomane et sa description d’un tel quotidien. Il en faisait presque l’éloge ! Je lui ai suggéré d’oublier ce navet pour se concentrer sur une seule et unique chose: sa maladie. De se limiter au journal d’une désintoxication qu’il n’a jamais souhaitée de toutes manières… En lui expliquant, qu’au moins de cette façon et pour la première fois de sa vie, il pourrait rendre un témoignage honnête et utile à la société.

Léon détestait les Catholiques et il me l’a souvent démontré avec violence et mépris… Par contre il était également intelligent. Son – Journal d’un Drogué – fut publié intégralement. Je l’ai rencontré une dernière fois en 1989 entre ses séjours aux soins paliatifs, plus gris et vaseux que jamais auparavant…
Il me dévisagea longuement, vidé de toute émotion:  - Julien... c'est toi Sylvain... je voulais que tu le saches... Et Julien, m'a tourmenté toute ma vie... sans répit. -
J'ai regardé ses mains, ses bras, ses doigts, sa nuque; il n'y avait pas un centimètre carré sur son corps ou il aurait pu s'infliger une piqûre supplémentaire. Toute sa vie j'ai constaté ses jambes noircies par les meurtrissures et la seule tache violacée qui ne fut pas imputable à une injection; était la cicatrice d'une blessure par balle à l'abdomen, qu'il choppa lors d'une mission de l'OTAN en U.R.S.S. Pour un intellectuel communisant, c'était l'ironie absolue.

 

Sylvain Bériault
Canada
8 novembre 2014

Leon Weinigel

Journalist - Writer - War Correspondent - UN Special Envoy


                                                                                Memories of Leon (1960 - 1989)                     
                                                                                       author: Sylvain Bériault

Souls intersect our lives and enrich us with their values, knowledge and dignity. Some have  for only consequence to teach us the harsh reality of human ambivalence ... They are those we hate, or ignore by; disgust, contempt or pity. However even in this dark world it is necessary to distinguish those who are nothing but victims of their own clumsy and cruel existence. After decanting the how and why it sometimes happens that there are beings who still have an honest intelligence.
I have known such a character. In fact it crossed my existence when I was a child, I saw him again once adolescent. I later worked with him and I got to know this citizen of darkness over the years ... A friendship has linked us for many years, although it was to say the least sawtooth ... I was his confidant, his advisor and sometimes his usefull idiot ... Nevertheless, he influenced the course of my life; sometimes very badly and sometimes to my great enrichment. He never figured out though; even as a child I saw through him. He could not stand childhood nor the family nor contradiction, let alone Christians ... His whole life was built on control: of the projected image, of events and others. He exhaled the pain of living. However, one should know why. It took me years to discover ...
I know of him, of his confidance, not of his novel – Confidences Antipathiques – but verbally; the rifts that have branded him and made any inclusion in society, impossible for him ... despite himself. We never had anything in common, since Leon was an aggressive atheist, a hard line communist, a cheeky narcissist and an annoying fanatic... This is understandable because life gave nothing to Leon, how could he have only risen above this unbearable pain ... It was for him an insurmountable obstacle: a cruel wall reminding him of his non-existent roots, lacking references, nonexistent paths, and nonexistent values ... Leon could not amount to anything because he had received nothing ... He was, all of his life, torn between the darkness of his private life and the futile vanity of his professional actvities. An active bi-polar, in short. His way of life at the time we rubbed shoulders in my adult life was a reflection of this split. He owned a luxury apartment on Peel Street, in downtown Montreal, above the Museum of Fine Arts and close to the Soviet Consulate ... Leon also had a crappy studio to the east in a downtown  ghetto... Only one thing was missing from Leon, a completely incomprehensible and inaccessible value to him ... Love.

 

When we cease to exist and time freezes ... forever.

Leon was very young, long before puberty, when he was innocently exploring the grove behind his home: bordering a tasty and colorful pre leading to home. His parents were busy with their adult life; overwhelmed by the pervasiveness of the invader in Alsace-Lorraine, near Metz ... Distracted, like all those of his age, he notices an unusual event outside the house. A procession of men in black and vehicles stops suddenly. He walks in the heart of woodland to understand ... A few yards separate him from the events ... His mother appears in the doorway, running towards the meadow ... Lightning sound and machine guns were quick to invade the consciousness of Leon ... Then it was his father appearing in the backyard and executed under his eyes ... Leon stood there: an eternity ...
War orphan, he later described the harrowing journey while working as a hotel bellhop. - Malgré Nous / Despite us - published by Editions de Minuit, will make him the first realist writer of France. After the war he was rescued by Leon Pierre-Quint, a leftist editor. While that chance could have given him a family life and a renewed love of life, a serene and positive learning experience; it was quite otherwise. Leon told me that he lived in a sealed world, particularly austere at that time. At the age of eleven, exploring the closet of the bathroom looking for bicarbonate: his nightmare continues ... A glass jar labeled bicarbonate, actually contains heroin ... He must be treated for massive overdose ... At a critical age, Leon is surrounded by drug addicts, radical left wing nuts and depraved persons of all kinds ... He is quickly sucked into this decadent and cruel world. Abused (physically and mentally), drugged, his mind on the off mode... Leon continues to live while having ceased to exist long ago, in Lorraine. This hermetic environment leads him through the Socio-Communists elite of France always in closed spheres.

He eventually becomes very close to Jean-Paul Sartre and a permanent contributor to the Journal Les Temps Modernes, a creation of Sartre. To that intertwines a long winding road with Algeria and France as a background. With stunts in Paris Match. Leon became a master of media manipulation. Mid-sixties, Leon becomes war correspondent for Paris Match. And he did not miss an opportunity. As he confided to me himself;  During a photo coverage of him on a special mission, during a famous conflict in the Middle East, he had the idea to scotch a band-aid to his forehead. To illustrate the pain of fighting. The photo session had been conducted in a conflict-free zone, on embankments all there was more commonplace. But the media impact was powerful ... Having also worked in that environment, I remember his endless pathetic recommendations (in my case) about useful journalistic tactics. Like; - The truth we do not care about ... what matters is the message.  Check his sources is simple, you only quote people you know intimately .... etc ... For Leon, life was a vast stage, a perpetual set-up. That's all he had been taught ...

Early sixties, with a strong reputation with the French Communists and elsewhere. He becomes the ideal candidate, according to the United Nations to become Special Envoy to the provincial government of Jean Lesage in Quebec ... As it should be, this team is liberal - nationalist (socialism and nationalization) - anti-Canadian and totally corrupt. Spending 800,000$ in 1960 to install office carpets with custom designs is kind of excessive. it is only an extravagance among many others. In short, everything you need to lather the Socialist International in North America ...

He was also a Red Beret - Commando Paratrooper and attached to the Office of the President of the Republic. During the events that shook France at the time of the Jackal ... Leon was expelled from France (by Charles DeGaulle) for having publicly stated that: - Obviously this whole thing was a setup .... Because as DeGaulle exceeded everyone by a head; it was impossible that a professional could miss ... -

The photograph of him appearing on his latest book (1980) ... With no reference about the photographer ... I made at his request in a housing of Notre-Dame-de-Grâce (at home). Leon asked me for the negative as usual ... A year earlier he had invited me to his Peel Street pad ... This contrasted with the friendly visits on Durocher Avenue, a tiny studio where as only  decoration on a desk sat: three little monkeys - one blind - one silent - the other deaf. Leon concealed in this morbid bedroom, a balance in a skylight; that he pinned to the sink to weigh doses. He then sank into a sickly frenzy. Peel Street that weekend, Leon asked me if I would read the manuscript that the publisher had refused without explanation. It was a brick. So I took two days to assimilate. This novel initially included all his life in Algeria including his marriage to a Muslim, then his divorce ... A tote of confusing anecdotes. All this interspersed with references to the presumably hard life of an addict and description of such a day. It was almost praise! I suggested him to forget this turnip and to focus on one single thing: his illness. To limit himself to the diary of a detox that he never wanted anyway ... I explained that at least in this way and for the first time in his life, he could make an honest and useful testimony and contribution to society.

Leon hated Catholics and he often showed it to me with violence and contempt ... By contrast he was also intelligent. His - Diary of a Junkie - was published in full. I met him one last time in 1989 between his stays in Palliative Care, more gray and muddy than ever before ...
He stared at me for a long time, drained of all emotion - Julien… Sylvain ... it's you ... I wanted you to know ... And Julien, tormented me all my life ... without respite.
I looked at his hands, arms, fingers, neck; there was not a square inch of his body where he could have imposed an additional sting. His whole life, I found his legs blackened with bruises and the only purple stain that was not attributable to injection; was the scar of a bullet wound to the abdomen, that he took on a NATO mission in the USSR… For a communistic intellectual, it was the absolute irony.

 

Sylvain Bériault (translation January 6, 2015)
Canada

gallery/fourth bik

I owned 5 motorcycles in my prime years and Leon rode alongside on two of them on several occasions... In my unpublished manuscript:

- Intelligence Inexplorée... le ressac de l'ignorance -

I relate several anecdotes about this...